Sept heures, dans la cour de l'école publique des Frangipaniers, à Libreville. L'odeur de peinture fraîche flotte encore devant le bâtiment principal. Les élèves du matin se rangent par classes, cartable sur le dos, sous le regard des maîtres. Une cloche, un coup de sifflet, et les rangs entrent dans les salles. Ceux de l'après-midi, eux, n'arriveront qu'à midi. Ici, la rentrée a deux visages : des murs refaits à neuf, et des effectifs qui n'ont presque pas bougé.

Des salles remises en état

Pendant les grandes vacances, les huit salles de classe ont été réhabilitées. Les toitures en tôle ont été remplacées, les plafonds repris, les sols carrelés. L'installation électrique a été remise aux normes, les tableaux et les tables-bancs changés. Dans la cour, le point d'eau fonctionne de nouveau et les deux blocs sanitaires ont été repris. Le chantier, de l'ordre de 45 millions de FCFA, s'est achevé quelques jours avant la reprise des cours. Sous le préau, une frise colorée, peinte par les enseignants, remplace les traces d'humidité. Les jours de pluie, l'eau ne coule plus sur les bancs.

Un enfant apprend mieux quand le toit ne fuit pas et que le tableau se lit du fond de la classe. C'est un acquis. Mais une salle refaite à neuf avec cinquante élèves dedans reste une salle surchargée.
— Honorine MAPANGOU, directrice de l'école publique des Frangipaniers

Des classes pleines, des maîtres manquants

L'école compte environ 640 élèves, répartis en douze classes. Elle ne dispose pourtant que de huit salles. Quatre d'entre elles servent donc deux fois par jour : une classe de CP ou de CE y travaille le matin, de 7 h 30 à midi, puis une classe de CM lui succède, de midi et demi à 17 h. C'est la double vacation. Elle impose aux familles des horaires décalés, surtout quand deux frères ou sœurs ne sont pas scolarisés à la même heure.

53 élèves

Effectif moyen par classe dans l'école : environ 640 élèves pour douze classes

Source : Ordre de grandeur, exercice de démonstration

Le manque d'enseignants pèse sur ce quotidien. Deux postes restent vacants depuis la rentrée, un CE1 et un CM2. Pendant les premières semaines, les collègues se sont relayés pour assurer les cours. Des vacataires dépannent désormais, mais leur présence n'est pas toujours régulière. Quand l'un d'eux manque, les élèves sont répartis dans les classes voisines, et certains s'installent à trois sur une table prévue pour deux. La direction espère l'affectation de deux titulaires avant la fin du trimestre.

À cinquante élèves, on ne suit pas chaque enfant. Je corrige moins de cahiers, je donne moins d'exercices individuels. On gère un groupe, on n'enseigne plus à chacun.
— Évariste IBINGA, enseignant en CM1

Ce que coûte la rentrée aux familles

À la maison, la rentrée se compte en billets. Cahiers, livres, ardoise, blouse, sac, chaussures : la liste remise aux parents est longue. Pour un enfant, la facture se situe entre 30 000 et 50 000 FCFA selon les achats. Le total grimpe vite dans les familles où plusieurs enfants sont scolarisés. Beaucoup étalent les dépenses ou récupèrent les manuels des aînés. Certains achètent d'abord les cahiers et repoussent le reste à la fin du mois.

L'école cherche à limiter la dépense. La liste a été ramenée à l'essentiel, et les enseignants se sont accordés sur des cahiers identiques d'une classe à l'autre. L'association des parents d'élèves organise un troc de livres usagés dans la cour, chaque samedi du mois de rentrée. Des familles y viennent aussi échanger des blouses et des sacs.

Avec trois enfants à l'école, la rentrée, c'est à peu près un mois de salaire. On achète en plusieurs fois, on emprunte, on prend d'occasion. Les murs neufs, c'est bien. Mais ce sont des maîtres devant les classes que les familles attendent.
— Joël NTOUTOUME, père de trois enfants scolarisés

À midi, la cloche sonne. Les élèves de l'après-midi entrent dans la cour pendant que ceux du matin sortent. Le roulement recommence. La directrice voudrait que ces murs refaits abritent, un jour, des classes moins chargées. Le suivi de la rentrée et de ses moyens se poursuit dans notre rubrique Éducation.