Sur le chantier d'un immeuble de trois étages, à Libreville, on entend d'abord la bétonnière. La poussière de ciment colle aux bottes. Puis la voix d'un chef d'équipe, qui fait reprendre un mur : il n'est pas d'aplomb. Devant lui, une jeune femme corrige son alignement au fil à plomb et recommence. Lydie NKOGHE a 22 ans. Elle est apprentie maçonne depuis neuf mois chez Komo Bâtiment, une petite entreprise de quatorze salariés.

Elle fait partie des quelque 420 jeunes entrés dans « Pierre à Pierre », un programme d'apprentissage lancé il y a un an par un groupement d'entreprises et de centres de formation. Le principe est simple : trois jours par semaine sur un chantier, deux jours en salle, pendant douze mois. Les cours portent sur la lecture de plans, le calcul des quantités et la sécurité. Les apprentis ont entre 18 et 25 ans. Une trentaine d'entreprises, surtout des PME, les accueillent. Le comité de suivi du programme vient de publier un premier bilan.

Des embauches à la sortie

C'est le résultat qui retient l'attention. Le programme a ouvert trois entrées successives de 140 jeunes chacune, mais seule la première a achevé son cycle de douze mois : les deux autres sont encore en formation, ce qui invite à la prudence. Pour cette première promotion, près de six jeunes sur dix ont été embauchés par l'entreprise qui les avait formés. D'autres ont rejoint une entreprise voisine ou un sous-traitant.

Près de 6 sur 10

Part des apprentis de la première promotion embauchés à l'issue du cycle par leur entreprise d'accueil

Source : Comité de suivi du programme « Pierre à Pierre »

Pour les employeurs, l'intérêt tient en une phrase : ils recrutent des jeunes dont ils connaissent déjà le travail. Ils y gagnent aussi du temps, car un apprenti formé aux méthodes de la maison est opérationnel dès son embauche. Chez Komo Bâtiment, trois des cinq apprentis accueillis ont signé un contrat à l'issue du cycle. Les deux autres ont choisi de poursuivre leur formation.

Un apprenti que j'ai formé pendant un an, je sais ce qu'il vaut, et lui sait comment nous travaillons. Je n'aurais pas pris ce risque en recrutant au hasard. Et pour le jeune, c'est un vrai métier à la sortie, pas un stage de plus.
— Gaspard NZIENGUI, gérant de Komo Bâtiment

Tuteurs, indemnités, transport : ce qui coince

Les difficultés se concentrent sur trois points. D'abord le tutorat : chaque apprenti est suivi par un salarié expérimenté, sans que ce temps de formation soit décompté de sa production. Ensuite l'indemnité, de l'ordre de 60 000 FCFA par mois. L'entreprise l'avance, et le remboursement n'intervient qu'après plusieurs semaines, ce qui pèse sur la trésorerie des petites structures. Enfin le transport, qui reste à la charge des jeunes.

Je suis tuteur, mais c'est en plus de mon travail. Quand on coule une dalle ou qu'une livraison arrive, je n'ai pas le temps d'expliquer. L'apprenti attend, ou il fait seul. Ce temps de tutorat devrait être prévu, et reconnu.
— Hilaire MOUITY, chef de chantier et tuteur

22 000 FCFA par mois

Coût estimé du transport d'un apprenti qui habite en périphérie, pour une indemnité de l'ordre de 60 000 FCFA

Source : Ordre de grandeur, exercice de démonstration

Pour les apprentis qui habitent en périphérie, le trajet est une charge. Lydie NKOGHE prend deux taxis à l'aller et deux au retour. Elle quitte son domicile à 5 h 45 pour être sur le chantier à 7 h. Certains matins, elle compte ses pièces avant de partir. Elle arrive fatiguée, mais dit tenir : le métier lui plaît. Face à ces difficultés, le comité de suivi indique travailler sur trois pistes pour la prochaine promotion :

  • Une prime de tutorat, pour compenser le temps passé auprès des apprentis
  • Un remboursement des indemnités par virement mobile, dans un délai fixé à l'avance
  • Un transport groupé depuis les quartiers périphériques vers les chantiers

Rien n'est acquis. Les entreprises attendent des délais précis, les jeunes un trajet abordable. Sur un point, pourtant, l'expérience a fait ses preuves : un jeune formé sur le chantier trouve plus facilement sa place dans l'entreprise. Le comité de suivi annonce une quatrième entrée, ouverte à d'autres métiers que la maçonnerie : plomberie, électricité, menuiserie. Les offres de formation et d'insertion sont réunies dans notre rubrique Emploi.