Le gouvernement gabonais entre au capital d'Ozouri Petroleum. Un consortium public-privé baptisé Ivindo Capital a signé, mardi, un accord portant sur le rachat de 40 % des parts de cet opérateur pétrolier indépendant, présent au Gabon depuis 2015 sur plusieurs champs matures du bassin sédimentaire côtier, entre Port-Gentil et Gamba. L'accord met fin à plusieurs mois de négociations discrètes, entamées après l'annonce d'un projet de cession partielle par l'actionnaire historique de la société.
L'opération valorise l'ensemble d'Ozouri Petroleum à environ 450 milliards de FCFA, dividendes courants inclus, et reste soumise à l'accord de l'Autorité de la concurrence ainsi qu'à celui de l'administration en charge des hydrocarbures. Le calendrier n'est pas neutre : la remontée des cours du baril depuis un an a redonné de l'attrait à des actifs pétroliers matures que certains investisseurs jugeaient, il y a encore deux ans, en fin de cycle.
Un consortium inédit
Ivindo Capital réunit l'État gabonais, actionnaire majoritaire du véhicule à hauteur de 60 %, et Ogooué Ressources, un fonds d'investissement régional déjà présent dans la logistique portuaire et le financement d'infrastructures. Les deux partenaires avaient déjà travaillé ensemble sur le financement d'un terminal à conteneurs, ce qui a facilité le montage juridique de cette opération plus complexe. Cette architecture doit permettre à l'État de peser sur les décisions stratégiques du futur ensemble sans en assumer seul la responsabilité opérationnelle, ni le risque financier intégral.
180 milliards de FCFA
Montant de la prise de participation de Ivindo Capital dans Ozouri Petroleum
Source : Ivindo Capital
Ozouri Petroleum extrait aujourd'hui près de 25 000 barils par jour, soit environ un huitième de la production nationale. Ses champs, exploités depuis plus de vingt ans par différents opérateurs successifs, entrent dans une phase de déclin naturel que des techniques de récupération assistée, injection d'eau et forages complémentaires, pourraient prolonger de dix à quinze ans. L'entreprise emploie directement près de 400 salariés, auxquels s'ajoutent les effectifs des sous-traitants présents sur les plateformes et les bases arrière de Port-Gentil.
Ce que cela change pour l'État
Pour les finances publiques, l'entrée au capital ouvre droit à une part des dividendes, en plus des redevances déjà perçues sur chaque baril extrait, quel que soit l'actionnariat de l'opérateur. Le gain net reste toutefois difficile à chiffrer à ce stade : il dépendra du cours du baril, du rythme des versements décidés par le nouveau conseil d'administration, et des investissements que Ivindo Capital devra lui-même consentir pour prolonger la durée de vie des champs.
Nous n'achetons pas seulement des barils, nous achetons une place à la table où se décident les investissements des dix prochaines années. C'est un changement de posture pour l'État, qui devient partie prenante plutôt que simple percepteur de redevances.
Du côté des sous-traitants, l'annonce est accueillie avec un optimisme prudent. Une trentaine d'entreprises gabonaises, de la maintenance industrielle au transport de personnel offshore, dépendent directement des contrats d'Ozouri Petroleum, pour des montants cumulés estimés à plusieurs dizaines de milliards de FCFA par an. Beaucoup craignent qu'un changement d'actionnariat ne s'accompagne d'une renégociation à la baisse de leurs contrats en cours. Ivindo Capital leur a présenté quatre engagements, lors d'une réunion organisée la semaine dernière avec les fédérations professionnelles concernées :
- Maintien des contrats de maintenance déjà attribués à des entreprises locales
- Renforcement de la clause de contenu local dans les prochains appels d'offres
- Ouverture d'un programme de formation pour les techniciens gabonais
- Publication annuelle de la liste des principaux contrats attribués à des entreprises gabonaises
Un risque de gestion à surveiller
Reste un risque que plusieurs analystes soulignent : la présence de l'État au capital d'un opérateur ne garantit pas, à elle seule, une meilleure gestion. Ailleurs sur le continent, des prises de participation publiques dans l'amont pétrolier ont parfois pesé sur la gouvernance des sociétés concernées plus qu'elles n'ont renforcé les recettes publiques, notamment lorsque les nominations aux postes de direction ont primé sur les compétences techniques. Ivindo Capital assure vouloir s'en tenir à un rôle d'actionnaire, sans intervenir dans la gestion opérationnelle quotidienne des champs.
L'État doit se comporter en actionnaire, pas en gestionnaire. La tentation de peser sur les arbitrages opérationnels, les achats ou les recrutements, est le principal risque de ce type de montage. Elle se paie en général par une perte d'efficacité industrielle.
Le dossier a été transmis à l'Autorité de la concurrence la semaine dernière, pour un examen dont la durée réglementaire ne peut excéder deux mois. Les deux parties visent une clôture de l'opération avant la fin de l'année civile, sous réserve du calendrier réglementaire et de l'obtention des financements complémentaires nécessaires au programme d'investissement annoncé.
D'autres opérateurs indépendants, confrontés au même vieillissement de leurs champs, suivront de près l'issue de ce dossier : il pourrait servir de modèle, ou de repoussoir, aux prochaines discussions entre l'État et le secteur pétrolier privé. Dans un pays où le pétrole pèse encore près de 40 % du PIB, la manière dont l'État choisit d'intervenir dans le capital des opérateurs n'est jamais un sujet purement financier. D'autres dossiers du même type sont réunis dans notre rubrique Mines & énergie.
