Un financement de 1 200 milliards de FCFA doit permettre de doubler la capacité d'évacuation du manganèse gabonais d'ici trois ans. L'enveloppe, bouclée cette semaine après plusieurs mois de discussions entre actionnaires, associe prêts bancaires régionaux, financements d'agences à l'export et apport en fonds propres, dans un contexte de cours du manganèse resté élevé sur les deux dernières années.

Elle se répartit en deux volets : 700 milliards de FCFA pour un nouveau terminal minéralier au port d'Owendo, et 500 milliards de FCFA pour le renforcement de la voie ferrée qui relie les mines du Haut-Ogooué à la côte, sur près de 650 kilomètres. Les deux chantiers doivent avancer en parallèle, sous peine de voir l'un neutraliser les gains de capacité de l'autre.

Un terminal flambant neuf

Le futur terminal, confié à Estuaire Logistique, doublera la longueur de quai disponible et portera le tirant d'eau à 14 mètres, de quoi accueillir des vraquiers de plus grande taille et réduire le nombre de rotations nécessaires pour un même tonnage exporté. Les travaux doivent démarrer au premier trimestre et s'étaler sur environ trois ans, sans interruption de l'activité portuaire existante.

12 millions de tonnes

Capacité d'évacuation annuelle visée à Owendo, contre 6 millions de tonnes aujourd'hui

Source : Estuaire Logistique

La voie ferrée, maillon critique

En amont, la voie ferrée reste le principal goulot d'étranglement du système : certaines sections à voie unique limitent le nombre de convois quotidiens, et le parc de wagons peine à suivre la cadence de production des mines, en particulier pendant la saison des pluies. Le renforcement prévoit de nouvelles voies d'évitement, la réhabilitation de plusieurs ponts et l'achat de wagons supplémentaires auprès de fournisseurs régionaux.

Sans cette mise à niveau de la voie ferrée, le nouveau terminal tournerait à moitié de sa capacité. Les deux chantiers avancent volontairement de pair, pilotés par la même équipe de projet.
— Hervé MABICKA, directeur logistique d'Estuaire Logistique

Haut-Ogooué Manganèse, qui exploite les principaux gisements concernés, met en avant les retombées locales du chantier : entreprises de génie civil gabonaises associées aux travaux de terrassement, sous-traitance du gardiennage et de la restauration de chantier, et ouverture de plusieurs postes à des ingénieurs formés localement. La société publie, pour la première fois, un calendrier détaillé de ces engagements :

  • Environ 900 emplois directs sur la durée des travaux, selon les entreprises concernées
  • Un quota de sous-traitance réservé aux PME gabonaises pour le génie civil
  • Un programme de formation aux métiers ferroviaires ouvert dans la province
  • Un comité de suivi associant autorités locales et représentants des riverains

La montée en puissance du terminal et de la voie ferrée est calée sur l'entrée en service de nouvelles mines dans le Haut-Ogooué. Pour l'État, l'enjeu est direct : les redevances minières sont assises sur les tonnages effectivement exportés, et non sur la seule production extraite. Tant que le goulot logistique persiste, une partie de la ressource reste, de fait, sans valeur fiscale immédiate. Les prochains rapports d'activité de Haut-Ogooué Manganèse seront donc suivis de près, au-delà des seuls chiffres de production.