Le Gabon dispose désormais d'un centre de données certifié Tier III, une première dans le pays. L'infrastructure, installée à Akanda, à la sortie de Libreville, a été mise en service ce mois-ci par l'opérateur Estuaire Numérique, après dix-huit mois de travaux menés en partie par des entreprises locales de génie électrique. Le site dispose également d'un accès direct à deux boucles de fibre optique distinctes, condition posée par plusieurs clients avant la signature de leur contrat.

La certification Tier III, un standard international reconnu dans l'industrie, impose une redondance des équipements critiques : alimentation électrique, climatisation et connectivité peuvent tomber en panne isolément sans interrompre le service aux clients hébergés, avec une disponibilité annoncée proche de 99,98 % sur une année pleine.

La fin de l'hébergement à distance

Jusqu'ici, une large part des données des entreprises et administrations gabonaises transitait par des serveurs situés en Europe, faute d'infrastructure locale répondant aux normes de sécurité exigées par les grands comptes bancaires et industriels. Ce choix a un coût direct, facturé en devises, et un temps de latence non négligeable pour l'utilisateur final connecté depuis Libreville ou l'intérieur du pays.

  • Applications bancaires nécessitant un temps de réponse très court
  • Bases de données de santé soumises à des règles de confidentialité strictes
  • Sites et services publics consultés majoritairement depuis le territoire national

de 150 à moins de 10 millisecondes

Temps de réponse pour un utilisateur connecté depuis Libreville, avant et après le rapatriement d'une application, selon l'exploitant

Source : Estuaire Numérique

Une facture électrique à surveiller

Un centre de données de cette taille consomme en continu : la puissance installée atteint 8 mégawatts, avec un objectif de charge utile autour de 6 mégawatts une fois les premières salles remplies, soit la consommation d'un quartier d'environ 15 000 foyers. L'alimentation combine réseau public et groupes électrogènes de secours, dimensionnés pour tenir plusieurs jours en cas de coupure prolongée.

La disponibilité électrique est notre premier sujet de vigilance, avant même la sécurité informatique. Un centre de données ne pardonne pas les coupures, et nos clients l'exigent contractuellement dans les niveaux de service que nous leur garantissons.
— Fabrice OGANDAGA, directeur technique d'Estuaire Numérique

L'opérateur cible en priorité les banques, les opérateurs de télécommunications et les administrations soumises à des obligations de conservation des données sur le territoire national. L'argument de la souveraineté numérique pèse de plus en plus dans les appels d'offres publics, à mesure que les incidents de sécurité informatique se multiplient à l'échelle régionale, y compris chez plusieurs voisins de la sous-région CEMAC.

Une deuxième salle, deux fois plus grande, est déjà à l'étude. Elle dépendra en partie de la capacité du réseau électrique local à absorber une charge supplémentaire sans fragiliser les quartiers environnants, un arbitrage qui associera nécessairement le gestionnaire du réseau électrique national aux prochaines étapes du projet.