Une cinquantaine d'experts, venus d'une dizaine de pays riverains du golfe de Guinée, se sont réunis trois jours à Libreville pour un atelier consacré à la sécurité maritime. Officiers de marine, garde-côtes, administrateurs des pêches et juristes ont travaillé sur trois sujets : la pêche illicite, le partage d'informations et les patrouilles conjointes. Il s'agit d'une réunion technique. Elle ne produit ni traité ni décision, mais des recommandations que chaque pays examinera ensuite de son côté. Les délégations ont comparé leurs pratiques et listé les obstacles concrets à une action commune.
Un cadre régional déjà en place
La coopération régionale s'appuie sur l'architecture issue du sommet de Yaoundé de 2013. Celle-ci répartit la surveillance en zones maritimes, prévoit des centres de coordination régionaux et organise l'échange d'informations entre États. Elle vise la piraterie, mais aussi d'autres activités illicites en mer : trafics, pollutions, pêche non déclarée. L'atelier n'a pas remis ce cadre en cause. Il a cherché à le rendre plus concret, avec des procédures de travail que les équipes pourraient appliquer au quotidien : qui prévient qui, dans quel délai, avec quel moyen.
La pêche illicite, un manque à gagner
La pêche illicite, non déclarée et non réglementée, prive les États de recettes et appauvrit les stocks de poissons, dont dépendent aussi de nombreuses familles du littoral. Elle se pratique souvent loin des côtes, là où un navire peut couper sa balise de positionnement et reprendre sa route sans être vu. Chaque État surveille d'abord sa zone économique exclusive, qui s'étend jusqu'à 200 milles marins du rivage. Aucun pays de la région ne peut la couvrir seul en permanence. Mettre en commun les images satellite et les positions des navires permet de repérer plus vite un comportement inhabituel.
≈ 20 %
Part indicative des captures de la région qui échappent à toute déclaration
Source : Ordre de grandeur, exercice de démonstration
Un navire qui coupe sa balise en haute mer n'est visible que si un voisin partage ses images radar ou satellite. Une position isolée ne dit pas grand-chose. Mise en commun avec les autres, elle devient une alerte.
Partage d'informations et patrouilles conjointes
Le partage d'informations suppose un langage commun : formats de données, délais de transmission, niveaux de confidentialité. Une alerte transmise trop tard ne sert plus à rien. Un message trop largement diffusé peut, à l'inverse, prévenir celui qu'on cherchait à repérer. Les experts ont donc travaillé sur des fiches simples, utilisables de nuit par un opérateur de centre de coordination, avec les mêmes rubriques d'un pays à l'autre. Ils ont aussi évoqué la formation : un opérateur qui sait lire une carte de positions repère plus vite ce qui sort de l'ordinaire.
Les patrouilles conjointes ont occupé une journée entière. Un navire d'un pays peut-il opérer dans les eaux d'un voisin ? Les experts ont étudié la formule d'un officier de liaison embarqué, qui représente l'État riverain à bord et autorise une intervention. Ils ont aussi parlé d'échange d'images, de langues de travail communes, de calendriers de patrouille et de partage des frais de carburant. Chaque point suppose un accord écrit entre États, donc un travail juridique.
Les pêcheurs artisans connaissent la mer, mais pas toujours les règles qui changent. Nous ne demandons pas d'être protégés de tout. Nous demandons qu'on nous explique où sont les zones réservées et qu'on nous écoute avant de les fixer.
Plusieurs coopératives de pêcheurs avaient été invitées. Leur présence répond à une réalité : les pêcheurs artisans sont souvent les premiers témoins de ce qui se passe près des côtes. Des participants ont proposé un dispositif simple de signalement, par radio ou par téléphone, vers un centre de coordination, avec un retour d'information aux pêcheurs. Les coopératives demandent aussi que les zones réservées soient balisées et que les règles soient expliquées en termes simples.
Les recommandations de l'atelier seront transmises aux autorités compétentes de chaque pays. Une nouvelle réunion technique est envisagée dans six mois, pour mesurer ce qui peut être appliqué sans attendre. Aucune date de décision n'est fixée : chaque État reste libre de son calendrier. Les autres rendez-vous de la coopération régionale sont suivis dans la rubrique Diplomatie.
