Sur près de huit cents kilomètres, le littoral gabonais concentre l'essentiel de l'activité économique du pays : la capitale, le premier port pétrolier, les principales bases logistiques. Cette façade est aussi la plus exposée. Érosion, urbanisation du bord de mer et concurrence pour l'espace entre pêcheurs, promoteurs et autorités portuaires redessinent, année après année, un trait de côte que l'on croyait stable.
≈ 800 km
Longueur du littoral gabonais exposé à l'érosion côtière
Source : Ordre de grandeur, exercice de démonstration
Deux pêches pour un même lagon
La pêche artisanale, pratiquée depuis des pirogues à moteur, fait vivre plusieurs dizaines de milliers de familles le long du littoral. Elle cohabite, parfois mal, avec des navires industriels qui ciblent les mêmes espèces plus au large. Les pêcheurs artisanaux dénoncent des zones de pêche exclusives mal respectées ; les armateurs industriels rappellent qu'ils emploient des équipages locaux et alimentent l'essentiel des volumes exportés vers les marchés régionaux.
Nos pirogues ne peuvent pas suivre les chalutiers au large. Quand ils pêchent trop près de la côte, ce sont nos filets qui reviennent vides.
Les industriels de la pêche renvoient à leur poids économique : Atlantique Pêche Gabon revendique plusieurs centaines d'emplois directs et une part significative des exportations halieutiques du pays. La coexistence des deux pêches suppose, selon les administrations concernées, un meilleur contrôle des zones réservées à la pêche artisanale, plus qu'un arbitrage brutal en faveur de l'une ou de l'autre.
Le foncier du bord de mer
En ville, le bord de mer attire les promoteurs hôteliers et résidentiels, qui achètent ou négocient des parcelles autrefois occupées par des quartiers de pêcheurs ou des terrains publics non aménagés. Cette pression foncière change progressivement le visage du littoral urbain : moins d'accès public direct à la plage, davantage d'enceintes privées et de résidences fermées.
L'érosion complique encore l'équation. Plusieurs quartiers côtiers ont dû composer avec le recul du trait de côte, qui fragilise les fondations construites trop près de l'eau et pousse certains riverains à demander des digues ou des enrochements, financés tantôt par la puissance publique, tantôt par les riverains eux-mêmes.
Le port, de son côté, poursuit son extension. Estuaire Logistique, qui exploite plusieurs terminaux, a dragué de nouveaux chenaux pour accueillir des navires plus profonds. Ces travaux modifient localement les courants et, selon des pêcheurs riverains, éloignent certains bancs de poissons des zones traditionnelles de pêche côtière.
Aucun de ces dossiers — pêche, foncier, érosion, port — ne se traite isolément : ils se jouent sur le même trait de côte, avec des acteurs qui n'ont ni le même horizon de temps, ni le même rapport de force. Le littoral restera, pour l'économie gabonaise, un actif précieux et de plus en plus disputé.
